Cadavres exquis (Cadaveri eccellenti), Francesco Rosi (Italie 1971, d’après Le Contexte /ll Contesto. Una parodia, Leonardo Sciascia, 1971 / fév. 2019, Colored Films).

Fils d’ouvrier, sicilien comme Giovanni Verga, Luigi Pirandello et Vitaliano Brancati (la Sicile n’a pas seulement vu naître Cosa Nostra mais de grands écrivains italiens), Leonardo Sciascia a mené une triple carrière d’enseignant, écrivain et homme politique. La forme policière de ses romans (dont quatre ont été adaptés au cinéma) est le support d’une analyse politique des institutions de son pays. Le Contexte, qui suscita de violentes polémiques non seulement dans les milieux proches du gouvernement mais aussi chez les intellectuels et les hommes politique de la gauche socialo-communiste, est la relation de l’enquête menée par l’inspecteur Amerigo Rogas après l’assassinat de plusieurs  magistrats. Plus son enquête avance plus il se trouve pris dans les filets du contexte politique de l’Italie de ces « années de plomb » où la crainte d’une révolution voit le pouvoir balancer entre deux options : la « stratégie de la tension » et celle du « compromis historique ».

L’inspecteur Rogas est admirablement incarné dans l’adaptation de Francesco Rosi par Lino Ventura, d’autant plus convaincant que l’on n’a pas été obligé de le doubler. Le film donne encore mieux à voir que le roman les efforts d’un homme seul contre un système. La démocratie chrétienne n’est pas en outre la seule cible du film. Le parti communiste italien est aussi concerné. Le spectateur appréciera à cet égard la chute du récit, dont nous ne révélerons pas ici le contenu.