Portrait de la jeune fille en feu, Céline Sciamma (France, sept. 2019 / fév. 2020, Pyramide).

Nous sommes au XVIIIe siècle, dans une résidence au bord de l’océan. Marianne (Noémie Merlant) est chargée de faire le portrait de mariage d’Héloïse (Adèle Haenel), tout juste sortie du couvent. Mais cette dernière refuse et mariage avec un inconnu et portrait. Marianne, présentée comme dame de compagnie, devra alors peindre à l’insu de son modèle. Les deux jeunes filles vont bientôt s’affronter, puis évoluer dans leurs rapports… C’est essentiellement un film sur le regard, qui se substitue à la parole ou l’accompagne, donc, au-delà, sur le cinéma. La peintre ne s’approprie pas la modèle, pas plus que la modèle ne s’approprie l’artiste, mais chacune mène l’autre. Ainsi leur relation est la continuation dans les corps des dialogues verbaux et surtout visuels, et de l’affrontement avec les éléments sauvages d’une mer déchaînée et de falaises menaçantes. Précisons de surcroît que la servante Sophie (Louana Bajrami) joue un rôle important et bénéficie d’un traitement aussi attentif que celui accordé aux deux protagonistes. Si l’on ajoute la mère (Valeria Golino) voilà une société de femmes en ébullition, …en feu ! Grâce à la splendeur des images (à la dernière cérémonie des César, une récompense a célébré le beau travail de la chef-opératrice Claire Mathon) et à la force de l’interprétation, ce film au romantisme décapant accomplit une des tâches les plus difficiles pour une ou un cinéaste : peindre les sentiments.