El Buen Patrón, Fernando León de Aranoa (Espagne, juin 2022 / nov. 2022, Blaq Out)

L’entreprise Balancias Blanco est en effervescence car elle va être visitée par un jury décernant un prix d’excellence. Mais le patron Blanco, que nous allons suivre pendant une semaine, est le type même du patron paternaliste. « Vos problèmes sont mes problèmes », répète-t-il à ses employés, à qui il assure de souffrir plus qu’eux quand il doit licencier. Justement, José, un employé dans ce cas, campe bruyamment devant l’entrée pour protester ! Comment le faire déguerpir et empêcher la presse de grossir l’affaire ? Le chef de production, est en plein désarroi conjugal et accumule les erreurs. Un autre lui demande de faire libérer son fils emprisonné. Liliana, la stagiaire avec qui il a couché, risque de lui attirer des ennuis… Et tout va de plus en plus mal, chaque tentative pour rétablir la situation ne faisant que l’aggraver.

Certes, le portrait est à charge : ce patron autoritaire et fielleux pratique le droit de cuissage, dispose de ses employés comme il l’entend, les services qu’il leur rend justifiant leur surexploitation. Dans le rôle, Antonio Bardem frise la caricature sans y tomber, et l’on rit de ses efforts pour se sortir d’une situation qu’il a lui-même créée, et de l’acharnement qu’il met à gagner une distinction sans intérêt. Certes, le film ne présente pas non plus des travailleurs conscients capables d’une révolte solidaire, mais il peint des individualités très pittoresques. Ce n’est donc pas véritablement une dénonciation servie par l’humour, mais plutôt une comédie distillant une ironie cruelle n’épargnant personne, dont le ressort esthétique est ce faux rythme de narration établissant un contraste entre la montée des catastrophes et la confiance de Blanco en son étoile. On n’est pas loin de certains films du maître Luis Berlanga (1921-2010) et de certaines comédies italiennes.