Ibrahim, Samir Guesmi, 2021 (France, juin 2021 / oct. 2021, Le Pacte)

Ibrahim, seize ans, élève en lycée technique, vit avec son père Ahmed dans le XIIIe arrondissement de Paris. Ahmed, écailler au Royal Opéra, veut devenir serveur. Mais, pour prétendre à ce poste, il doit faire soigner ses dents abîmées par la drogue (dont la mère est morte). Hélas, Ibrahim est enrôlé par son meilleur ami pour un vol dans une boutique et se fait prendre. Ahmed doit rembourser plus de 3000 euros, valeur d’un téléviseur cassé. Il déchire le devis de sa prothèse et n’adresse plus la parole à son fils. Celui-ci va tenter de récupérer l’argent, mais les solutions risquent d’être pires…

Ce résumé pourrait laisser penser qu’on a affaire à une aventure sociale à tonalité picaresque, qui rappellerait certains films italiens de la grande période. Or Samir Guesmi (qui incarne Ahmed) s’intéresse davantage au couple père-fils et à l’apprentissage du second qu’aux rebondissements éventuels d’une quête matérielle. Ibrahim tente, acquérant par là même la maturité qui lui faisait défaut, y compris grâce à la jeune Louisa dont il tombe amoureux, de regagner l’estime, et plus encore, de son père, jusqu’à ce qu’il comprenne combien est fort l’amour que celui-ci lui porte. La caméra s’intéresse avant tout aux visages, sensible et mobile d’Ibrahim, marqué d’Ahmed, ce qui permet de ne pas se perdre dans l’anecdote et d’en dire le moins possible, de supprimer tout ornement ou effet, pour faire ressentir davantage. L’essentiel est dans les regards, les mots sont rares. On connaissait et appréciait Samir Guesmi comme acteur : il est ici taiseux, impénétrable, mais si proche de nous dans sa souffrance muette. On le découvre donc par surcroît réalisateur d’un premier film : la justesse avec laquelle il construit sa dramaturgie et dirige acteurs et caméra fait souhaiter que d’autres suivent.