Elmer Gantry le charlatan (Elmer Gantry), Richard Brooks (USA 1960 / Wild Side, nov. 2019) + livret de 80 pages. D’après le roman de Sinclair Lewis.

Le personnage du titre est un commis-voyageur sans le sou, séduisant et hâbleur, qui croise un jour le chemin de sœur Sharon Falconer qui prêche sous chapiteau itinérant sa foi évangélique. Elmer, en bon commerçant, se propose et s’impose rapidement pour donner à cette pratique enthousiaste (au sens premier du mot) une tournure beaucoup plus efficace. Ses sermons, qui manient l’effroi, le charme et la promesse, connaissent un énorme succès et amènent des milliers de conversions parmi le petit peuple du Midwest. Un commerce comme un autre, un produit comme un autre…Mais le passé trouble d’Elmer, ses arrangements avec l’honnêteté, et la naïveté aveugle de Sharon, conduiront au drame.

Deux figures magnifiques, en particulier celle de Gantry, peut-être le plus beau rôle de Burt Lancaster. Ce charlatan séduit jusqu’au spectateur puisqu’il est un acteur de talent dans cette singulière entreprise, ce show religieux. Réflexion sur la société américaine comme société de spectacle. Mais surtout plongée dénonciatrice dans l’univers des prédicateurs, dans l’Amérique profonde prête à se laisser emporter par des menées obscurantistes, démagogiques, et au final mercantiles. On voit bien sûr à quelle actualité peut renvoyer ce film aujourd’hui. Mais Richard Brooks, en grand metteur en scène, ne se contente pas ici d’un constat à charge. Certes il retrouve sa veine réaliste et engagée (cf. Graine de violence, Bas les masques), mais il va ici jusqu’au déferlement baroque, comme épousant le climat créé par le délire verbal de Gantry. Il est porté par des personnages attachants dont l’humanité débordante impose un univers hors normes et, par là, inquiétant. On pourra mettre en regard des films au thème assez proche comme Un homme dans la foule d’Elia Kazan ou Le Gouffre aux chimères de Billy Wilder.