En liberté ! , Pierre Salvadori (France, oct. 2018 / mars 2019, France Télévision)

Yvonne, la veuve d’un policier célébré comme un héros, découvre qu’il était corrompu, et responsable de l’emprisonnement pour huit ans d’Antoine, employé d’une bijouterie cambriolée. Justement, les huit ans arrivent à leur terme et Antoine sort, très marqué psychologiquement, se livrant à des actes irresponsables. Yvonne, qui se culpabilise rétrospectivement, le suit dans ses errances pour le protéger coûte que coûte…

La grande comédie française (pas seulement peut-être) de ces dernières années, qui laisse loin derrière elle les produits boulevardiers qui confondent recettes de cuisine et talent de cinéaste. Seul Albert Dupontel (Adieu les cons, 9 mois ferme) atteint le même niveau. Salvadori utilise toutes les ressources de la narration et du cinéma pour provoquer notre rire et notre complicité. Tout grand film comique sait, comme ici, trouver des situations drôles mais, si invraisemblables soient-elles, le spectateur doit y croire, autant que le réalisateur. Les gags ne viennent pas gratuitement, mais pour enrichir situations et personnages. Lesquels, quoique délirants, doivent obéir à une logique autre que celle de simples pantins ; un bel exemple est cette séquence où la femme d’Antoine lui fait répéter son retour au foyer : comment construire du beau pour un moment unique, avec toute la naïveté et la fraîcheur de l’amour. Ces gens vivent des drames, et c’est cela qui, bien sûr, nous fait rire ! Notre jubilation vient de notre adhésion à un univers, pas aux clins d’œil plus ou moins subtils des comédiens ou du dialoguiste. Genre le plus difficile à pratiquer, la comédie trouve ici un talentueux servant.