Face à la mer (The Sea Ahead), Ely Dagher (Liban, 2021 / juil. 2022, JHR)

La jeune Jana revient subitement de France, où elle étudiait, chez ses parents, un couple bourgeois de Beyrouth. Elle ne revoit pas ses amis d’antan, s’enferme, mutique, puis s’ennuie à un mariage. Après cette longue absence, elle se retrouve dans un milieu pour elle étrange désormais, comme vidé de ses habitants, une ville comme en suspension dont l’histoire semble oubliée. Adam, son ex petit ami, la retrouve…

Dans un Beyrouth très sombre, presque exclusivement nocturne, Ely Dagher déploie, via son héroïne, une méditation sur la vacuité, sur le décalage entre le désarroi de la jeune femme et l’indifférence minérale de ces immeubles qui ne renvoient qu’à eux-mêmes, comme s’ils n’étaient pas faits pour accueillir la vie. De très belles images, organisées en des plans-séquences souvent fixes tout à faits cohérents avec le propos, rythment ce premier long-métrage d’un réalisateur déjà récompensé pour son court-métrage d’animation Vagues’s 98. On peut aussi estimer que Dagher est soucieux de réunir les traits esthétiques et les motifs scénaristiques du cinéma estampillé « auteur », au détriment parfois de l’intérêt du spectateur qui peut se sentir, paradoxalement, peu concerné par les errances et les tourments de l’héroïne.