Tombé du ciel, Wissam Charaf (France-Liban 2016 / sept. 2017, Épicentre)

Disparu depuis vingt ans, Samir, ex-milicien phalangiste, refait soudain surface en titubant dans la neige. À l’entrée d’une boîte de nuit, il se fSous le ciel d’Alice, Chloé Mazlo (France, 2021 / nov. 2021, Ad Vitam)

Alice prend le bateau pour Beyrouth et écrit à Joseph. Le flash-back déroule alors les souvenirs de cette nurse suisse employée dans la capitale libanaise où elle rencontre ce Joseph, astrophysicien poète qui construit une fusée. Mariage, naissance de leur fille Amal. Plus tard, c’est la guerre civile, tous autour d’eux fuient pour la France ou ailleurs…

Voilà une romance douce-amère filmée avec la simplicité de l’évidence, ponctuée de séquences dessinées (Chloé Mazlo a réalisé plusieurs courts-métrages d’animation), fort bien venues. Celles-ci proposent à chaque fois de quitter un réalisme trop pesant qui ne renverrait qu’à lui-même pour poser sur l’histoire de ce couple un regard volontairement naïf qui mène finalement à un romanesque plus essentiel. D’aucuns pourraient taxer le traitement de mièvrerie, impropre à rendre le déchirement vécu par les personnages, mais ceux-ci sont incarnés avec une telle délicatesse (Alice Rohrwacher, Wajdi Mouawad) que nous ne pouvons être insensibles à leur sort et que nous croyons—est-ce illusion affadissante?—à la force de la poésie et du rêve dans une situation si adverse. Premier long métrage, là aussi, qui laisse augurer de belles suites.ait tabasser par le vigile qui n’est autre que son frère, Omar. Celui-ci, un peu simple d’esprit, aime bien manier le bazooka. Il vit avec son père, qui passe la journée en robe de chambre et ne parle que pour évoquer Alexandre le Grand, et il est en conflit avec un voisin qui met sa télé trop fort. Samir s’installe chez lui puis est contacté par Castro, son ancien chef. Omar, lui, devient garde du corps de Yasmine, une vedette, qui lui donne un lance-roquettes en récompense d’un acte lui ayant sauvé la vie…

Ces quelques lignes laissent deviner un film hors du commun, qui traite d’un sujet grave, le passé et le présent douloureux du Liban, avec humour et un sens ludique de l’absurde. Des riches corrompus qui adorent danser autour d’une piscine au rythme des rafales d’armes automatiques, une classe politique remplacée par des vedettes de la chanson, des repères totalement disparus, des valeurs évanouies, une violence inscrite dans les mœurs : le portrait du Beyrouth de ces années est terrifiant, regardé avec un rire mélancolique, peut-être désespéré. Le personnage d’Omar est représentatif, dans sa dangereuse simplicité, de cette société au comportement fantomatique. Samir n’est pas tombé du ciel pour apporter un miracle, mais pour rappeler au Liban un terrible passé qu’il semble avoir effacé de sa mémoire. Une belle réussite que cette fable si juste et si originale dans le ton et le propos.