Youri, seize ans, a grandi dans la cité Gagarine d’Ivry-sur-Seine, visitée et baptisée par le cosmonaute soviétique en 1963. Elle doit être démolie. Il tente de sauver son immeuble en réparant les multiples endroits défectueux, aidé par des habitants et surtout par Diana, une jeune garagiste rom qui vit dans le camp voisin. Mais la sentence semble inéluctable. L’immeuble est bientôt vidé de ses habitants, sauf lui qui s’est aménagé une « station spatiale » d’où il compte « s’envoler »…
Le grand mérite de ce film est d’avoir évité les pièges de la nostalgie un peu mièvre ou du sentimentalisme accrocheur, préférant offrir une échappée onirique qui, en contrepoint de la situation, permet de saisir plus profondément le drame qu’elle sous-tend sans qu’il soit besoin de cris dénonciateurs. Cette cité, théâtre d’une belle aventure personnelle, semble vivre d’une vie propre malgré l’abandon des humains, par ses murs, ses tuyauteries, par les fils et les sons qui la parcourent, le rêve de Youri semblant la résultante de toutes les pulsations qui animent l’immeuble. Elle est magnifiée par une photographie magnifique quoique toujours réaliste. On n’oubliera pas certains plans, comme celui de Youri et son amie Fari dans une voiture ou, mieux encore, une des plus belles scènes de baiser vues au cinéma, tout là-haut, plus près du ciel.

