Leila et ses frères (Leila’s Brothers), Saeed Roustaee (Iran, août 2022 / mars 2023, Wild Side)

Leila vit avec ses parents et deux de ses frères dans la maison familiale. Deux autres ont leur famille. Tous ont des difficultés financières. Pour sauver la famille, Leila a un plan : acheter une boutique pour monter une affaire avec ses frères. Pour boucler le budget, l’or du père est nécessaire, mais il refuse de le donner car le fils du parrain de la communauté qui vient de mourir marie son fils. Or s’il offre ses pièces d’or à cette occasion, il pourrait devenir le parrain à son tour, très haute distinction dans la tradition persane. Leila veut lui imposer de leur laisser l’or, les frères hésitent, tergiversent…

Des frères souvent immatures, peu responsables, soumis à l’autorité paternelle, à des degrés divers. Un père d’une avarice et d’un égoïsme confondants. Une société figée, hypocrite et en voie de décomposition. Une jeune femme décidée, vigoureuse, entreprenante, seule à lutter pour en sortir (on pense, pas seulement à cause du titre, à Rocco et ses frères de Visconti, 1960). L’analyse est psychologique et sociale, incontestablement métaphorique au vu de la situation en Iran (le film y est interdit). Les relations sont empreintes de violence, retenue ou exprimée, entre révolte et soumission. Saeed Roustaee avait en 2021 étonné le public avec son premier film, La Loi de Téhéran, un saisissant film policier. Ici il change de genre, mais garde la même puissance.