La Femme de Tchaikovsky (Zhena Chaikovskogo), Kirill Serebrennikov (Russie, 2023 / septembre 2023, Condor)

Antonina est amoureuse de Tchaikovsky, au point qu’elle lui envoie lettre sur lettre décrivant sa passion. Il finit par céder et l’épouse : elle sera la couverture de son homosexualité. Alors qu’elle pense atteindre le bonheur suprême, le musicien s’éloigne d’elle assez rapidement, ayant dès le début refusé tout contact physique. Il finit par demander le divorce, elle refuse…

Voilà des trois films de notre cinéaste présentés ici, le plus déroutant, par son parti pris de noirceur, d’enfermement : presque tout est filmé en intérieurs, dans des décors envahissants reconstitués en studio, les seules séquences en extérieur sont nocturnes. On suit continûment Antonina, livrée à une folie qui nous éloigne de toute compréhension et empathie (que nous n’avons d’ailleurs pour aucun personnage). Qu’on n’attende pas de ce film une biographie du grand artiste russe. C’est plutôt, dans la veine des œuvres précédentes de Serebrennikov, la peinture aux couleurs agressives d’une société en proie à l’excès délétère, la théâtralisation furieuse d’un dérèglement. On pourra être fasciné par ce déferlement baroque ou simplement dérouté par une esthétique de l’exubérance. À comparer avec le magnifique Vincere de Marco Bellocchio qui, lui aussi, est consacré à une femme sacrifiée et revendicative.