« La petite fumée » illustre le champ lexical » du « mouvement » dans la catégorie « lexique du corps ». « Equinoxe », le champ lexical de « l’eau et du feu » dans la catégorie « lexique de la Nature » et « le lapin », le champ lexical de « l’amour » dans la catégorie « lexique affectif ». Trois des catégories sur les cinq qui couvrent l’ensemble du dictionnaire sont donc ici illustrées1.
La petite fumée
Elle se dresse sur la pointe des pieds et s’étire. Elle bombe le torse et rentre le ventre.
Le soleil n’est pas encore levé : il lui reste quelques heures.
Elle entame une rotation puis se trémousse et tangue et roule et zigzague.
Elle s’amuse, elle cabriole !
Et se fige.
Un bruit ?
Non, rien.
Le soleil n’est pas encore levé.
Que faire ?
Elle hésite, piaffe, trépigne.
Trop tard.
Elle chancelle.
Elle est morte.
Le soleil est là.
À demain petite fumée, petit brouillard de l’aube car je sais que chaque jour tu meurs –mais c’est pour rire ! – et que tu es là, blottie dans quelque trou, comme un enfant qui dort.
Équinoxe
L’océan couve
Un feu
D’embruns incandescents
Et des vagues de braises
Comme une houle
En fusion
Dégorgement d’escarbilles
Remous de flammes
Écumes de l’incendie
Qui s’étouffe
Dans les lames et les ressacs
Gerbes de rouleaux calcinés
Cendres et scories montantes
Comme un flux
Lave des hauts-fonds
Qui s’enlisent
Dans le limon des flammèches mortes
Et la vase des fondrières brûlantes
Le lapin
Un lapin était amoureux d’une carotte
Il aurait pu s’éprendre d’un poireau
S’amouracher d’une endive
S’enticher d’une feuille de salade
Brûler pour un poivron
Faire les yeux doux à un navet
Avoir le coup de foudre pour un haricot blanc
Mais non
Sa toquade est couleur brique
Et il l’adore
Et il l’adule
Mais comment lui déclarer sa flamme ?
Il la place si haut.
Avec elle, pas question d’amourette
D’éphémère passion
Mais le mariage
Avec trousseau, belle-mère, beau-frère, église et signature !
Autant renoncer
À son inclination
Et demeurer vieux garçon
Casanova de potager
Et le volage
Enfin lucide
Fait du plat
À un cœur d’artichaut
Le grand jeu à une betterave
Et l’impudique lutine
Une pomme de terre
Messaline.
1. Il convient d’expliquer la ponctuation de ces trois textes. Dans « Équinoxe », l’action n’est pas achevée et se continue, d’où l’absence de point final ; dans « Le lapin », c’est l’inverse et la chute est abrupte et définitive, d’où le point final ; les points d’interrogation, quant à eux, facilitent les intonations si le texte est lu à haute voix (ce qui est un exercice à part entière, par exemple dans une réactivation : « Quels sont les mots du champ lexical que vous avez entendus ? Qui peut les écrire au tableau ? » ; et, les mots une fois écrits : « Qui peut me reconstituer une partie du texte ? » etc.). En dehors de « La petite fumée », on remarquera que « les vers » sont très courts, tout simplement pour permettre à l’élève en difficulté de saisir la ligne en une seule fixation et de parcourir le texte en lecture verticale, qui demande moins d’effort que la lecture horizontale dont les 40 à 70 signes en moyenne donnent lieu à plusieurs fixations.

