La Vérité sur Bébé Donge, Henri Decoin (France, 1951, d’après le roman éponyme de Georges Simenon, 1942 / déc. 2010, Gaumont).

François Donge a été empoisonné par sa femme. Sur son lit d’hôpital, il se remémore : riche industriel provincial, il a épousé Élisabeth d’Onneville par curiosité et conformisme. Le couple ne connaît pas de heurts, mais Élisabeth, surnommée « Bébé », qui avait idéalisé le mariage et la relation amoureuse devant l’accompagner, est terriblement déçue par le peu de sentiments que lui manifeste François, par l’incompréhension et l’isolement dont elle se sent victime. Pas de scènes violentes, d’explications dramatiques, mais un sentiment de déréliction insurmontable. On reconnaît ici l’atmosphère si propre aux romans de Simenon. Celui-ci est très bien servi par deux acteurs essentiels du cinéma français du XXe siècle, Danièle Darrieux et Jean Gabin, et surtout par Henri Decoin, dont il se confirme avec cette œuvre qu’il était un grand cinéaste (notons qu’il avait déjà adapté, avec succès, deux romans de Simenon, Les Inconnus dans la maison et L’Homme de Londres). Les plans d’où ressort une rare intensité, le montage qui donne au récit un déroulement inexorable comme dépassant les personnages, sont au service de la narration et de l’ambiance délétère. Decoin est ici au moins l’égal d’un William Wyler dans ses meilleurs films, tant est puissant son sens de la mise en scène. Il faut redécouvrir ce cinéaste, ses drames comme ses merveilleuses comédies (Battement de cœur, Premier rendez-vous) ou ses films policiers (Razzia sur la chnouff). NB : le coffret blu ray offre une très riche documentation.