Nous avons déjà parlé de ce film dans le n° 154, dans un ensemble consacré aux films sur la Grande Guerre. Nous précisions que le film fut à sa sortie en Italie l’objet d’un procès pour « dénigrement de l’armée » et nous présentions l’auteur du roman, qui n’avait pas été traduit et publié en France avant la réalisation du film. Il en reprend le titre. Le titre original n’aurait sans doute pas été compris. L’Altiplano (un terme géographique qui n’est pas spécifique aux Alpes) désigne la région de haute montagne où se trouvait durant la Grande guerre le front entre les Italiens et les autrichien. La connaissance du cinéma étant moins partagée que celle de la littérature, n’étant à vrai dire pas partagée du tout, l’aura qu’ont donnée les médiasaux Sentiers de la gloire a éclipsé le film de Rosi. Or il est largement aussi fort quecelui de Kubrick dans la description de l’horreur des combats. Il va même plus loin : on voit au début des italiens « rebelles » être attachés aux barrages en avant de leur tranchée. On en voit à plusieurs reprises se mutiler, déserter, ou plus exactement lâcher leurs armes pour partir seuls… et être évidemment tués… Les hommes contre va – surtout – beaucoup plus loin que Les Sentiers de la gloire dans la dénonciation du cynisme de la hiérarchie, cristallisé par le personnage d’un général nationaliste et monarchiste, fasciste avant la lettre car la guerre et la mort sont pour lui des valeurs. La force du film tient enfin à la confrontation de Sassù, jeune et idéaliste lieutenant d’origine bourgeoise, et Ottolenghi, officier d’artillerie socialiste qui critique âprement les décisions du Haut Commandement. Sassù ne partage pas les idées d’Ottolenghi mais admire sa détermination et sa lucidité. Tout balance pour lui lorsqu’il voit Ottolenghi abattu sans autre forme de procès parce qu’il prend parti pour des rebelles. Sassù sera lui-même fusillé pour avoir refusé de commander un peloton d’exécution dont au demeurant les membres auront tiré en l’air.

