Le haricot sauteur, Le pépin, Le perroquet

« Le haricot sauteur » illustre le champ lexical du ciel (ombre et lumière) dans la catégorie « lexique de la nature ». « Le pépin » illustre le champ lexical de penser, raisonner dans la catégorie « lexique intellectuel ». « Le perroquet » illustre le champ lexical de la modestie et de l’orgueil dans la catégorie « lexique affectif ». Trois des cinq catégories qui couvrent l’ensemble du dictionnaire sont donc ici illustrées : la Nature, le lexique intellectuel et le lexique affectif.

Le haricot sauteur

Un haricot sauteur

Voulait sortir de l’ombre

Opaque

Et rayonner

Comme un astre

Comme une aurore

Dans cette poussière d’étoiles

Dans cette nuit

Dans ce miroir

Obscur

Que traversent l’aérolithe

Et la comète

Et qui chatoie

Et qui s’irise

Prisme et mosaïque

Dans le demi-jour terne

De notre crépuscule

Un haricot sauteur

Voulait sortir de l’ombre opaque

Et rouler dans l’éther comme un bolide

Petit jour dans les ténèbres

Petite lumière, petite flamme

Lueur pâle

Et rayon mauve

Dans l’éther

Un haricot sauteur

Voulait luire sur l’horizon

Mais l’ombre opaque

L’a repris

Sur le chemin des étoiles

Le pépin

Un pépin

Amnésique

Passe au peigne fin

Les trous de sa mémoire

Et fouillant, farfouillant

Il y trouve

Subtile analogie

Un parapluie

Pépin comme lui

Alors, ces deux valeureux

Quêteurs d’indices

S’introspectent

Et comme maints rats

Dans le gruyère

Mettent en quatre puis en dix

Axiomes, syllogismes

Récurrences et postulats

Puis, comme à l’école

Où l’on phosphore

Fort

Extrapolent

Déduisent

Induisent

Et réduisent

Leurs différences profondes

Enfin, par d’autres beaux coups de sonde

La mémoire rafraîchie

Et leur idiosyncrasie gentiment circonscrite

Ils en infèrent

Imparable conséquence !

« Qu’être pépin

Ce n’est pas rien

Nom d’un chien ! »

Le perroquet

D’accord : le dindon se donne de grands airs. C’est une bête qui a le verbe haut et le cou raide.

Mais le perroquet, le perroquet rouge, quelle buse !

Il est planté sur son arbre comme un plumeau écarlate et n’a cure de tout ce fretin qui rampe à terre.

Il astique son bec, fait reluire ses pattes de poulet, regarde l’horizon avec des yeux de propriétaire puis, comme une potiche que l’on fait tourner sur un socle, ébouriffe ses plumes et attend la galerie – mais la galerie ne vient pas.

Alors, il songe. Il songe qu’il est beau, que la vie lui sourit et le voilà qui se gonfle comme une tomate au soleil.

Hautain, crâne, ivre de morgue, il se cherche des puces. Il en trouve une, la toise, l’examine. Elle n’a pas la taille réglementaire !

Au rebut !

Passons aux exercices spirituels. Doctoral, il affirme : « Une fois un fait un, une fois deux, fait…fait…beaucoup plus. »

Et il pontifie.

Un vermisseau ? Avalé, le bravache !

Et le fier assassin, de nouveau, médite.

Il fait chaud. Le soleil fait la roue. Le perroquet s’en moque.

Mais la lumière et la chaleur fanfaronnent. Elles s’étalent, s’affichent, pavoisent.

Il est midi et le perroquet qui fume comme une herbe sèche, regagne l’ombre, modeste.