Mustang, Deniz Gamze Ergüven (Turquie, 2015 / janv. 2019, Ad Vitam)

Cinq sœurs orphelines sont élevées par leur grand-mère et leur oncle. En sortant de l’école, elles s’amusent avec des garçons sur la plage. Prévenus par une voisine accusant les filles d’impudeur, l’oncle et la grand-mère sévissent : elles sont retirées de l’école et recluses dans la maison. Solidaires, les sœurs n’en continuent pas moins de contourner les règles de plus en plus strictes. Un soir elles s’évadent pour assister à un match de football : leurs fenêtres sont grillagées, puis l’oncle décide de les marier pour en finir avec leur rébellion. Chacune doit « y passer », de l’aînée à la plus jeune…

Le film se promène entre comédie et tragédie, le ton variant d’une séquence à l’autre. Mais l’unité est assurée par la vitalité joyeuse et rebelle de ces jeunes filles, au-delà du drame qui les frappe. Elles semblent ici incarner l’énergie nécessaire aux femmes de cette région qui veulent s’émanciper des diktats religieux et sociaux. Le fond de la situation est sombre, mais le traitement qu’en fait la réalisatrice ne tombe pas dans la complaisance morbide, bien au contraire. Ce groupe de résistantes à l’emprisonnement physique et moral, dont chacune est parfaitement individualisée dans ses comportements comme dans ses pensées, propose un douloureux mais salutaire hymne à la vie.