Leto, Kirill Serebrennikov (Russie, 2018 / juin 2019, Condor)

Distribué sous son titre russe, dont la traduction est « L’Été ».

Léningrad, 1981. C’est la fin de l’ère brejnevienne. Mike Naoumenko, marié à Natacha avec qui il a un bébé, dirige un groupe de rock, Zoopark, à l’heure où cette musique attire de plus en plus le public, alors que le pouvoir essaie d’en contrôler ce succès. Il chante Leto, un vrai « tube ». Viktor Tsoi, dix-neuf ans, veut réussir en duo avec Liocha. Ils fondent le groupe Kino, franchissent la censure, aidés par Mike, et Kino devient le groupe phare, grâce aux chansons de Viktor très en phase avec la jeunesse. Jeux amoureux du trio et jeux musicaux autour de standards anglo-saxons. Viktor donne un concert triomphal dans la nouvelle salle du Leningrad Rock Club. Il mourra en 1990, un an avant Mike.

Difficile de résumer le scénario de ce film foisonnant constitué de morceaux bigarrés, mais formant au final une œuvre très cohérente célébrant l’épanouissement amoureux et musical. Disons-le, ce film est enthousiasmant, et il n’est nul besoin d’être amateur de musique rock pour l’apprécier ! La mise en scène épouse parfaitement le rythme et l’atmosphère de la musique, mais cela sans effets agaçants, avec une énergie qui ne laisse pas l’humain de côté puisque sourd continuellement une grande mélancolie. Un véritable hymne à l’énergie de la jeunesse créative, qui est aussi la représentation d’une révolte contre l’oppression (Serebrennikov est assigné à résidence quand il réalise) et, là encore, contre l’obscurantisme, contre un régime qui envoie les jeunes à la guerre en Afghanistan (séquence glaçante de la visite médicale). L’esthétique souvent baroque et inventive (intervention d’images animées, etc.) de ce film, l’un des plus beaux sur la jeunesse et la musique, on l’aura compris, emporte définitivement notre adhésion.