Les réalisatrices maghrébines n’étant pas légion, ce film est de ceux qu’il faut retenir. Hinde Boujemaa avait collaboré à l’écriture des scénarii de plusieurs longs métrages tunisiens avant de réaliser en 2008 un court métrage remarqué intitulé Et Roméo a épousé Juliette. Elle jette ici un regard aiguisé et émouvant sur une situation emblématique des difficultés que rencontre la femme maghrébine à se réaliser et vivre selon son cœur. L’héroïne de son film, Noura, travaille dans un hôpital et élève seule ses 3 enfants car Sofiane, son mari, est à nouveau incarcéré… Ayant rencontré l’amour de sa vie, Lassad, elle a entamé une procédure de divorce. Mais dans l’attente les deux amants doivent cacher leur liaison. Car l’adultère est puni de 5 ans d’emprisonnement par la loi tunisienne… Sofiane étant relâché plus tôt que prévu et ne pouvant être dupe, la menace s’aggrave. La situation devient même inextricable… On saluera certainement ici un film féministe. Féministe, il l’est certes, la réalisatrice se référant à une loi abusive, voire inique. Féministe, il l’est de facto. Mais il ne l’est pas in principio. On ne peut l’enrôler sous cette bannière. La réalisatrice ne prêchant pas, n’ayant aucune posture idéologique, n’hésitant pas à susciter l’émotion, sa démarche est plus directe, plus simple. Mais elle n’en est que plus efficace.

