1944. Le lieutenant Onoda est envoyé par le major Taniguchi—qui l’a formé à « l’armée secrète »–avec une petite troupe sur une île des Philippines qu’il s’agit de reprendre aux Américains. Le capitaine et plusieurs soldats sont tués dès l’abord, puis les morts et les défections se succèdent. Finalement Onoda reste seul avec son fidèle Kozuka. Ils tiennent leur position, fidèles à la mission. Une expédition vient leur annoncer la fin de la guerre, mais Onoda croit à une manipulation, comme à l’écoute de la radio. En 1971 Kozuka est tué. Taniguchi, retrouvé par un touriste-enquêteur, vient officiellement décharger Onoda de sa mission en 1974.
Histoire stupéfiante mais réelle, et pas unique ! Harari, cinéaste français, a tourné cette coproduction en japonais avec des acteurs du pays, créant sa propre histoire à partir des faits connus, mais pas à partir des mémoires d’Onoda, qu’il n’a lus qu’après. Si l’on annonce que le film dure 2h45 et que, pour cause, l’action n’est guère émaillée d’actions spectaculaires, on peut effaroucher le futur spectateur ! Et pourtant, le film est passionnant, de bout en bout, ne cherchant pas l’effet mais suivant continûment cet homme dont nous devenons, volens nolens, les compagnons. L’ensemble témoigne d’une grande maîtrise (c’est seulement le deuxième film d’Harari), ouvrant à toutes les dimensions, de la « robinsonnade » à la réflexion historique, et au questionnement moral, politique et métaphysique. Les relations d’Onoda avec son environnement, avec l’écoulement du temps, sont marquées par la vacuité tragique de la mission au regard de la fidélité obsessionnelle du soldat à l’autorité. C’est dire que ces 2h45 réservent aussi de beaux moments d’émotion. Un grand film qui, on l’a compris, dépasse l’anecdote et propose une véritable expérience au spectateur, chez qui il laisse des traces durables. Harari a osé, et il a bien fait !On pense bien sûr à Fièvre sur Anatahan de Sternberg (1953), sur des faits assez similaires, authentiques eux aussi au départ, et plus profondément à Mizoguchi, Ford ou Monte Hellman, dont Harari avoue l’influence.

